À la recherche du sein perdu

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À la recherche du sein perdu

Message  MARIELEA le Sam 8 Juin - 11:44

Médecine. Elle voulait prévenir un cancer du sein : l’ablation annoncée par l’actrice Angelina Jolie a fait sensation. En France, la tumeur est diagnostiquée chez 45 000 femmes chaque année. Rencontre avec le Dr Heusse, chirurgien plastique qui pratique la reconstruction mammaire avec des méthodes novatrices, sans prothèse ni séquelles.
(.....................................)Chaque année, 45 000 Françaises se voient diagnostiquer ce type de tumeur ; 15 000 subissent une ablation, et 5 000 bénéficient d’une reconstruction. Dans les deux tiers des cas, elle se pratique avec des prothèses en silicone, utilisées depuis le milieu des années 1960. L’opération est rapide, simple, avec un résultat immédiat et peu de cicatrices. Toutefois, le scandale des prothèses PIP montre que ce geste chirurgical n’est pas sans conséquences. Certaines patientes refusent d’ailleurs ce corps étranger. Le Dr Heusse pointe l’inconvénient psychologique d’une reconstruction immédiate avec prothèse : « La patiente ne se voit pas amputée de son sein. Elle n’a pas le temps d’en faire le deuil. De ce fait, le regard qu’elle pose sur elle-même est plus critique, plus exigeant. »

La reconstruction peut aussi se faire par utilisation de ses propres tissus, alors appelés lambeaux. Plusieurs techniques chirurgicales sont pratiquées depuis les années 1970- 1980. « On reconstruit le sein en une étape, en transférant de la peau, de la graisse et du muscle avec leurs propres vaisseaux. Cela autorise des interventions sur des tissus brûlés par la radiothérapie », indique Jean-Laurent Heusse. Le greffon n’est pas totalement détaché : on parle de “lambeau pédiculé”. Deux options s’offrent le plus couramment au chirurgien reconstructeur. « La technique du grand dorsal prélève une partie du muscle derrière l’épaule. On passe sous le bras pour transférer le lambeau vers l’avant. » Le principe est le même pour le TRAM (Transverse Rectus Abdominis Myocutaneous), avec cette fois une partie du muscle abdominal. Le lambeau passe du bas-ventre à la poitrine à travers un tunnel sous-cutané. « On l’utilise quand on ne veut pas prendre le risque d’échouer chez une patiente âgée ou avec une nécrose importante des tissus. »

Mais ces deux méthodes laissent des séquelles. Dans le cas de la première, des douleurs persistantes à l’épaule chez certaines patientes et une cicatrice visible pour le grand dorsal. Le TRAM obère les perspectives de grossesse pour les patientes : affaiblie, la paroi abdominale nécessite souvent la pose d’une plaque de renfort pour éviter une hernie.

Jean-Laurent Heusse, quant à lui, préfère les techniques de transfert graisseux pur. Il y fait appel dans 80 % des cas. Il n’y a alors pas de prélèvement de muscle, seule la graisse est utilisée. Le Diep (Deep Inferior Epigastric Perforator), auquel il a consacré sa thèse de doctorat, est une version évoluée du TRAM pratiquée en France depuis 1997. On ouvre le grand droit comme un livre pour disséquer les vaisseaux qui irriguent la peau et la graisse. On détache complètement un lambeau graisseux avec un vaisseau nourricier. Il est implanté au niveau de la poitrine et branché au microscope sur le vaisseau mammaire, sous le cartilage d’une côte. L’opération connaît un taux d’échec d’environ 5 % : les vaisseaux utilisés étant très fins, la vascularisation peut ne pas se rétablir et entraîner une nécrose.

« La différence majeure entre TRAM et Diep est dans les suites opératoires, résume le médecin. La durée d’hospitalisation est réduite. Il n’y a aucune douleur, ni au niveau du site de prélè vement ni au niveau thoracique. Les patientes en sont les premières étonnées ! L’activité physique et les grossesses sont permises après six mois de stabilisation. » L’intervention nécessite des compétences en microchirurgie et dure plus longtemps. « Il faut tenir la distance, c’est très physique. Pour un ancien sportif, c’est un défi intéressant. »

La seconde technique qu’il pratique est le Brava : « Cette reconstruction est assez surprenante. C’est un matériel médical qui va permettre de préparer la zone à opérer. »

La patiente applique sur la zone à reconstruire, avant et après l’opération, une “cloche” en plastique rigide bordée de silicone. Reliée par un petit tuyau à une pompe à vide, elle se porte avec un soutien-gorge spécial. « L’effet de succion crée un “sein oedème” et un réseau lymphatique. L’aspiration décolle les espaces où l’on va injecter par technique chirurgicale de la graisse prélevée par lipoaspiration. Les nerfs accompagnent la peau, la sensibilité est là… » Avantage sur les autres techniques : « Brava résout à la fois le problème du manque de peau et celui de la vascularisation. »

La méthode est progressive. La patiente, impliquée et active, travaille en équipe avec son chirurgien. Une infirmière spécialisée l’assiste par téléphone. Petit à petit, elle se reconstruit, physiquement et moralement. « Le sein se forme au fur et à mesure des injections. On procède par étapes : c’est comme bâtir une pyramide. On injecte des spaghettis de graisse, c’est de plus en plus facile au fil des interventions. On part de zéro pour aller vers un résultat positif, gratifiant pour la patiente. » Le Dr Heusse s’aide parfois d’un “lambeau abdominal d’avancement”, tirant la peau vers le haut pour créer un pli sous le sein à reconstituer avant de procéder aux injections. La graisse est prélevée sur le corps de la patiente. C’est en quelque sorte du recyclage de cellulite !

Le bénéfice de l’opération est double : « C’est très émouvant de voir la patiente prendre contact avec son nouveau sein. Et elle découvre sa silhouette, transformée par la lipoaspiration. La maladie est derrière elle, elle est à nouveau femme, et encore plus femme. »

Quelle que soit la méthode, Diep ou Brava, le résultat est très naturel. Le sein évolue avec les variations de poids. Ce qui n’empêche pas Jean-Laurent Heusse de chercher encore mieux : « L’idéal serait la lipostructure en une seule étape ! » — après l’empathie pour ses patientes, on sent percer chez lui l’esprit de compétition ! Le sportif de haut niveau n’est jamais bien loin…

D’ailleurs, il milite pour une activité physique chez toutes les femmes, malades ou non, et insiste sur l’importance du sport dans la prévention, voire l’accompagnement du cancer. Il s’est investi dans le projet Dragon Boat (une embarcation qui accueille 20 pagayeuses, une barreuse et une joueuse de tambour qui marque le rythme) lancé par Valérie Rollo, sa première patiente Brava (lire notre encadré page 51). Après avoir “galéré” dans leur lutte contre la maladie, et pour retrouver leur corps d’“avant”, elles vont ramer pour le plaisir…



source: valeurs actuelles

Je reveiendrais ce we sur ce sujet. sunny

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