Dépistage du cancer du sein : tout n’est pas si rose

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Dépistage du cancer du sein : tout n’est pas si rose

Message  MARIELEA le Jeu 6 Oct - 19:22

Publié le 28/09/2011

Paris, le mercredi 28 septembre 2011 – Alors que de nombreuses enseignes ont déjà annoncé leur participation à l’opération « Octobre rose » dédiée chaque année à la lutte contre le cancer du sein à travers des promotions et des illuminations, le secrétaire d’Etat à la Santé, Nora Berra dévoile les enjeux d’une nouvelle campagne de sensibilisation. L’axe retenu pour cette nouvelle opération : inciter les proches des femmes concernées à les convaincre de répondre à l’invitation qui leur est régulièrement envoyée.

Même slogan, même polémique
Bien qu’assorti d’une imagerie moins humoristique, le slogan : « Parlez en aux femmes que vous aimez » rappellera sans doute à beaucoup l’angle choisie par l’Association française d’urologie (AFU) il y a quelques années qui pour inciter au dépistage du cancer de la prostate avait mis en scène des femmes se déclarant concernées par leur prostate. Cette similitude entre les slogans pourrait cacher une autre ressemblance : à certains égards, le dépistage du cancer du sein nourrit la polémique à l’instar de celui du cancer de la prostate.

Elles ne comprennent pas…
Alors que l’objectif de la nouvelle campagne de sensibilisation est d’attirer vers le dépistage ces nombreuses femmes qui restent sourdes aux invitations en tous genres (le taux de participation au programme national ne dépassait pas l’année dernière 52 %), Agnès Buzyn, présidente de l’Institut national du cancer (INCa) citée par 20 minutes s’interroge sur la façon dont les femmes concernées appréhendent les messages d’alerte qu’elles reçoivent : « La question est de savoir ce qu’elles font de ce courrier. Le comprennent-elles ? En ont-elles peur ? ». Par cette formulation, Agnès Buzyn laisse clairement deviner qu’à son sens la trop faible participation aux programmes de dépistage est le fait de l’incompréhension des femmes présentant le niveau d’éducation le plus faible et qui sont souvent celles qui restent sourdes à tout message de prévention. Sans doute, la rhétorique se vérifie-t-elle. Doit-on cependant exclure que l’absence de décollage du taux de participation ne soit pas également en partie liée aux réticences, pour leur part très motivées, de certaines femmes ?

…ou elles comprennent trop ?
De fait, nombres d’études publiées ces dernières années jettent un doute sur l’intérêt du dépistage. Qu’ils s’agissent de réduire le nombre de mastectomie ou même la mortalité, l’efficacité de ces dispositifs a en effet été remis en cause à plusieurs reprises. L’INCa a beau face à chacune de ces publications proposer une petite explication de texte qui toujours permet de « sauver » le dispositif national en mettant en avant biais et limites, ces informations ne peuvent pas ne pas avoir d’influence sur certaines femmes. Et ce d’autant plus qu’aux publications scientifiques s’ajoutent désormais des documents s’adressant au grand public.
Une kinésithérapeute, Rachel Campergue, doit ainsi sortir la semaine prochaine un livre intitulé « No Mammo ». Cette femme de 47 ans y expose ses doutes sur la pertinence du dépistage en terme de santé publique en s’appuyant sur plusieurs études parues récemment. Elle s’intéresse notamment aux risques de surdiagnostic.

Mesure égalitaire
Pour Bernard Junod, membre de l’association Formindep (qui prône une formation médicale indépendante), ancien professeur de l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) cité par le Parisien et qui préface le livre : « Seul un non médecin, non déformé par l’idéologie dominante pouvait produire un tel ouvrage ». Cette vision critique est on s’en doute loin d’être partagée par l’ensemble de la communauté médicale qui continue à vanter les mérites du dispositif national de dépistage.
Mais aujourd’hui, un nouveau discours se fait jour. Ainsi, au lendemain de la publication cet été d’une étude parue dans le British Medical Journal (BMJ) (dont le JIM s'était fait l'écho) s’interrogeant sur le réel bénéfice du dépistage en terme de mortalité par cancer du sein, l’Institut national du cancer (INCa) a commenté : « Avec ses mérites et ses limites, cette étude améliore les connaissances sur le dépistage organisé du cancer du sein mais ne justifie pas de remise en question du dispositif français. Car le programme de dépistage organisé représente avant tout une mesure égalitaire : proposée de façon systématique à l’ensemble de la population ciblée, elle permet à de nombreuses femmes, qui n’ont aucun suivi, d’accéder à une procédure de dépistage. La médiatisation des programmes de dépistage induit également une amélioration de la connaissance de la maladie dans la population et chez les professionnels de santé : elle contribue, par le niveau d’alerte qu’elle entraîne, à améliorer les conditions du diagnostic et de la prise en charge, y compris chez les femmes ne pratiquant pas de dépistage ».
A cet égard, Octobre rose peut de fait avoir un rôle.

A condition, qu’il soit permis de ne pas tout voir en noir ou blanc.




Aurélie Haroche

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