Dane Cuypers : "je ne veux plus être malade"

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Dane Cuypers : "je ne veux plus être malade"

Message  MARIELEA le Sam 16 Oct - 9:42

Un bel article à méditer ? avec des idées de lecture ..


A l’origine je voulais juste vous dire un mot des infirmiers à domicile. Voilà peu, j’en avais deux, un par jour, Christine et Christian, adorables, efficaces. Des héros pour livres d’enfant façon Martine à la mer : Christine et Christian font des piqûres ! Bref, à ces deux-là je leur demande combien ils gagnent à venir me piquer en ma demeure de si grand matin. Tenez-vous bien : 2,90 euros + 2 euros pour le déplacement. . . Ce scandale, c’était juste une parenthèse. J’avais d’autres vues pour cette chronique. Las ! épisode suivant et non prévu : l’hôpital. Très vite, dans ma chambre 247, il est clair que ce qui m’occupe la tête tourne autour de mon corps. Illico, je me fais livrer à l’hosto De la maladie, un court texte de Virginia Woolf, écrit en 1926, que vient de publier Rivages poche (Payot), et Tout ce que les chirurgiens ne peuvent pas vous dire, chez Anne Carrière, un témoignage de Rémy Salmon, puissant mandarin qu’un accident fait passer de l’autre côté, qui devient juste « un grand corps malade ».

Ah le beau texte que celui de Virginia ! Comme elle sait dire cet état quasi-poétique qui suspend notre rapport utilitaire au monde. « [. . .] nous cessons d’appartenir à l’armée des gens d’aplomb : nous devenons des déserteurs. Eux marchent au combat. Quant à nous, nous flottons avec les bouts de bois au gré du courant [...]. Comme elle s’étonne que « la maladie ne figure pas à côté de l’amour, de la lutte et de la jalousie parmi les thèmes majeurs de la littérature » ! Avec des épopées à la typhoïde, des odes à la pneumonie. . . Comme elle nous fait toucher du doigt, avec quelle délicate cruauté, « l’indifférence du ciel » à notre égard - et je songeais, la lisant, au si beau passage où L’Étranger de Camus s’éveille dans sa cellule « à la tendre indifférence du monde ».

Certes, la plume de Rémy Salmon n’est pas celle de l’auteur de Mrs Dalloway, mais son récit nous éclaire sur cette fascinante relation qui se tisse entre le soignant et le soigné ; et sa réflexion nous touche. Ainsi quand il se demande comment garder la distance et la lucidité provoquées par cette irruption de la maladie ou de l’accident qu’il compare à une « aventure ». Comment s’en saisir pour « permettre un accroissement de la compréhension et de la connaissance » ? Comment ne pas être repris par ses vieux schémas, par la force des habitudes ? Et il constate, pour l’avoir vécu, « que la vie ordinaire est trop forte pour qu’on ait vraiment le pouvoir de changer »o Je le crains aussi.
© Dane Cuypers

Journaliste Free-lance, passionnée de littérature, écrivain, elle témoigne de son observation minutieuse et narquoise du quotidien. Dernier ouvrage paru : Les aventures mystiques d’une toute petite fille, éd. Melville. la retrouver dans

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